Récit de Voyage



Cette après-midi de septembre, deux VTT bizarrement équipés roulent sur la plage d’Hendaye. Qui sont-ils, où vont-ils ? Les gens observent avec étonnement nos attelages. Ils ne se doutent pas que la prochaine fois que nous verrons l’eau salée se sera beaucoup plus à l’Est, après 40 jours sur la plage de galets de Banyuls.
Le samedi 8 septembre après midi, nous y sommes, les roues dans le sable de la plage d’Hendaye, en compagnie de Jean-Ba et Cécile qui prennent les premières photos. Finalement nous ne partirons qu’à deux (Joce et Séba), Benoît n’étant plus disponible pour deux mois de raid pyrénéen. Les premiers coups de pédales sont assez magiques. On n’y croit pas ! L’aventure commence ! Qu’est ce qui nous attend ? Au début, sentiment de joie et de stress se mêlent. Après tant de temps passé le nez sur la carte, le parcours prend réellement vie. La précision des cartes IGN devient petit sentier ombragé, piste caillouteuse, descente dans les herbes sèches et rencontre avec les gens.
La première journée, nous mène à Ascain via les montagnes autour d’Ibardin sous une pluie battante.
Si la suite s’annonce aussi humide, le moral risque aussi de prendre l’eau. Mais le lendemain, le soleil nous fait vite oublier qu’ici l’automne se surnomme : l’été indien. Les étapes 3,4,5 et 6 nous révèlent la vraie nature de l’Ouest pyrénéen : des vallées étroites et bien encaissées avec des passages sur pistes, sur sentiers et sur tronçons de route sacrément raides. Les montagnes basques s’avèrent sévères pour les mollets, mais le paysage nous motive pour donner encore plus. Un copain basque nous avait dit ironiquement : " une fois passé le pays basque vous aurez fait le plus dur ". Il n’avait pas tout à fait tort. Dans le coin d’Iraty, le temps est glacial et la pluie qui tombe nous oblige à changer d’itinéraire, nous empruntons finalement la route pour rejoindre au plus vite les chalets du même nom pour nous mettre au coin du feu après une bonne douche chaude. Les batteries rechargées d’une nuit dans un vrai lit, nous voilà reparti vers la vallée de Barétous en passant par Licq-Athérey où Jean-Ba nous rejoint pour finir la journée dans la forêt d’Haux au-dessus de Lanne. Grillades au coin du feu et premier bilan partagé avec Cécile, Jean-Ba et Titouan. La première semaine est une sacrée mise en jambe. Joce est épatante de persévérance et de " gnac ", après deux mois d’été passés dans un bureau ; le choix du parcours nous a fait visiter de supers coins et merci la météo. La suite nous rapproche de lieux mieux connus : vallées d’Aspe et d’Ossau. Ces jours là " on joue à domicile ", c’est pourquoi nous avons choisi de tester la limite de nos engins. La dixième étape s’avérera être celle du plus gros dénivelé de notre traversée (1970m). Départ de Casteigt, à coté d’Arette, et arrivée à la maison en vallée d’Ossau via le col de Boucoigt et plus tard celui d’Aran.
Pour franchir ce dernier, l’aide de quelques amis et membres de la famille a été nécessaire pour jouer les Sherpas, car le col n’était pas très roulant. Première journée de repos à la maison le temps de faire le bilan : nous avons en trop une polaire chacun, nos surchaussures et le gril. Il nous manque deux paires de chaussettes néoprène pour lutter contre l’humidité des jours de pluie.

Nous repartons encore et toujours vers l’Est. Au col de Louvie, ouf, nos 1000 m de dénivelé journalier sont accomplis mais le plus dur reste à faire : la descente. On raye la " carrosserie " un paquet de fois : ronces, aubépines, ajoncs. Bilan des courses : 5 km, 5 heures à porter, pousser le vélo et la remorque dans la jungle béarnaise en short. On s’en souviendra !

L’arrivée dans les Hautes-Pyrénées se fera plus détendue par les pistes et petites routes bien sympathiques du col de Spandelle et du Val d’Azun. De Campan à Payolle, le mauvais temps refait son apparition, mais se sera de courte durée. Juste le temps de nous rappeler que si nos Pyrénées sont aussi vertes ce n’est pas un hasard.
Dans le brouillard, vers la vallée d’Aure, nous faisons connaissance avec le brame du cerf. son guttural sourd sorti du fond des âges. La suite sera un réel plaisir pour le VTT, un régal de diversité. Tout est réuni : le soleil, les petits villages perchés, les sentiers en forêt ou sur les crêtes avec vue grandiose sur le haut Louron et Luchonnais. Nous voilà maintenant en Haute-Garonne (18eme étape, 500 km) et le début nous fait découvrir des coins où nous aurons plus tard envie de revenir (Luchon, Artigues, Gouaux ...). Mais aussi commence une série de séances galères, dans des chemins pas trop taillés pour nos attelages. Heureusement, après avoir porté, poussé, juré, le réconfort vient avec un petit graillou (confit de porc et de canard aux pommes de terre sautées) mijoté au feu de bois par les soins de Titou, Hélène et Caro venus nous rendre visite.
Dans le coin du Mourtis rebelote, le chemin prévu n’existe pas, alors on pousse, on porte par un autre passage bien galère. On est cassé et en colère, au fond de ces belles forêts il n’y avait pas seulement le cerf qui bramait. Au bout de deux heures à jouer les mulets, nous plantons la tente dans le premier endroit plat, et l’on verra demain.
Pour la suite, le sentier est toujours aussi pénible, alors cap vers le bas, et le village de Boutx où nous tomberons juste pile-poil sur l’épicerie ambulante pour refaire le plein de victuailles. Finalement, le col de Mente se fera par la route, les bois du coin ayant eu le dessus ! Malgré nos déboires, la Haute-Garonne reste un excellent souvenir, grâce à ces habitants, qui ont eu un accueil chaleureux.
Nous quittons le département, direction Castillon-en-Couseran où l’ambiance décontractée nous fera prendre une matinée de repos, le temps de faire la grasse mat’ et de réviser les vélos après 24 étapes et 650 kilomètres de bons et loyaux services. Le temps est toujours au beau fixe et l’Ariège nous donne ce qu’elle a de mieux : pistes forestières bien roulantes, panoramas époustouflants, brame du cerf à gogo (avec quelques brèves rencontres de cerfs leurs biches) et une overdose de cèpes (ce qui améliore nettement nos nouilles quotidiennes). Visiblement, dans ces bois, la panoplie à la mode ces jours-ci est la veste kaki, les bottes, le bâton et surtout le panier. Ici, c’est apparemment La Mecque du cèpe ! Plus moyen de faire pipi peinard, il y a forcément quelqu’un dos plié, yeux rivés au sol derrière chaque arbre, essayant de tomber sur le filon qui fera des envieux. Dans notre accoutrement de VTTiste, on dénote un peu. Pourtant, Joce a un œil sur la piste et l’autre qui scrute les sous-bois à l’affût du moindre bolet qui pointe le bout de son chapeau. Pas de doute, l’Ariège nous a vite fait oublier nos épreuves de force des jours précédents. Après une bonne étape de 50 kilomètres dans la forêt du Consulat de Foix, nous rejoignons nos supporters de la première heure (Cécile, Jean-Ba, Titouan) au camping de Montgaillard pour se faire un petit repas et une bonne douche (elles sont rares et drôlement appréciées). Le pays cathare de Montségur clôture nos derniers kilomètres en Ariège et l’arrivée dans l’Aude se fait par le plateau de Sault, sous une bruine épaisse. Le coin est truffé de pistes et le choix ne manque pas pour se faire plaisir. Nous nous régalons de passer de village en village par les anciens chemins pastoraux.
Ah, les Pyrénées-Orientales et le Capcir, nous voilà au pays du VTT ! Ça roule, c’est grandiose et le temps nous gâte. Quoi demander de plus ?
Depuis deux jours, le paysage change sacrément : la hêtraie-sapinière de l’Ariège, les forêts de pins à crochets du Capcir et maintenant l’air de la Méditerranée commence à se faire sentir avec les chênes verts du Conflent. En cette 34eme étape, les 1000 kilomètres sont franchis, c’est aussi une de nos plus belles journées. Aujourd’hui, nous passons à 2300 m sur le plateau du Pla Quillem (point culminant de notre traversée) à quelques pas du Canigou. Les 1800 mètres de dénivelé se font non sans mal, avec un enthousiasme débordant. La vue est grandiose et l’endroit magique. Dans une traversée comme la nôtre, il y a des souvenirs qui dominent et qui restent nettement gravés. On se dit que cette journée est peut-être le prétexte à toutes les autres. De plus, bien content de partager ces moments forts avec Jean-Ba qui joue le reporter pour essayer de saisir toute la beauté de la journée.
Depuis notre belvédère, il nous semble qu’il nous suffit maintenant de descendre pour rejoindre la mer. Mais le relief du Vallespir et des Albères nous attend, pour nous rappeler que les Pyrénées ne se finissent pas au Canigou. Ces derniers jours se passent sur pistes roulantes de ces montagnes aux reliefs compliqués. Le passage du col du Perthus nous montre bien que les Pyrénées sont une barrière géologique mais pas économique : ici, voie romaine et voie rapide se côtoient. Les grands pins de la forêt des Albères nous offrent notre premier point de vue sur la Méditerranée, au bout de 39 jours. Demain, dernière étape de la 1er partie de notre double traversée des Pyrénées. Malgré la proximité de la mer, il nous faudra 40 km et 1000 m de dénivelé pour enfin se laisser rouler entre les vignes du Banyuls pour arriver à ce terminus pyrénéen. A peine retrouvé le zéro de l’altimètre, la photo souvenir nous immortalise sur la plage et nous voilà assis dans un fauteuil confortable d’une terrasse d’un café, pour boire un coup et se régaler du moment présent. On a réussi ! ! ! Ces 40 jours, 1262 km et 38000m de dénivelé font partie maintenant des souvenirs. Mais quelle sacré aventure !
Quelques jours de repos à profiter des joies de la plage : baignades, plongée sous marine, farniente au soleil , de quoi recharger les batteries pour mettre ce coup-ci le cap à l’Ouest et rentrer par l’Espagne.Nous roulerons 13 jours et 411 kilomètres sur le versant espagnol . Le 3 novembre, malgré l’envie de boucler notre traversée, la météo et le manque de temps nous oblige à prendre une dure décision : celle d’interrompre notre voyage. Avec amertume, nous rentrons à la maison, mais cette expérience nous a donné plus que jamais l’envie de réenfoucher nos montures et celle de repartir pour finir notre projet. Donc, à bientôt pour la suite de nos aventures !